LE BIEN ET LE MAL

Mon père avait programmé l’enregistrement la veille au soir. Pour une raison que j’ignore, j’ai regardé la course d’une traite, fasciné par cette voiture bleue et blanche qui faisait des étincelles. Phoenix 1990, Jean Alesi, j’avais 8 ans. Quelques mois plus tard, j’étais déjà son plus grand fan quand un certain Schumacher débarquait à son tour. Fin 1991, il y a tout juste 25 ans, l’évidence s’imposait que le futur grand champion de la discipline serait l’un de ces deux-là. Les anciens (Mansell, Piquet, Prost, Senna) allaient bientôt s’effacer, laissant la place libre à un nouvel élu. De tout mon cœur, j’espérais voir émerger le Français. Monza 1994, je pleurais. Montréal 1995, aussi. Le transfert chez Benetton, en 1996, devait marquer l’apothéose… Mais le temps passait et l’histoire ne marchait pas dans le sens de mon héro.

Pendant toutes ces années, mon amour de l’un n’eut d’égal que la haine de l’autre. J’ai détesté Michael Schumacher de tout mon être, au point de lui souhaiter l’inavouable. Monaco 1996, le rail du Portier dans le premier tour, bien fait ! Silverstone 1999, la jambe cassée, bon débarras !

Las, en 2002, mon idole s’en est allé, laissant son ancien rival terminer chacune des 17 manches sur le podium… Du jamais vu ; bien trop pour moi ! Avec toute l’impertinence d’un abstentionniste du premier tour, je me suis alors éloigné de ma passion pour n’y revenir qu’après la chute du Baron Rouge.

Et puis voilà Champion ! La première "une" avec Alesi, la suivante avec Schumacher. L’ange, puis le démon ? Non. Deux pilotes dont l’opposition des styles faisait naguère toute la richesse de la discipline. Il n’y a pas de "bons" ni de "mauvais" en Formule 1. Il n’y a que des pilotes qui changent, évoluent, murissent… Max Verstappen aussi ! L’un d’entre eux, capable du pire un jour, peut réussir la plus belle manoeuvre le lendemain. L’apprécier implique l’exclusion de tout fanatisme binaire. Pour moi, il fallut attendre mars 2007, mon premier Grand Prix sans idole, ni ennemi.

Aujourd’hui, je regarde la couverture de Champion : la profondeur, la bonté, la sincérité du regard de Michael Schumacher me font regretter bien des pensées. J’aurais tellement aimé pouvoir lui donner la parole dans ce numéro #02…

JULIEN HERGAULT

© Champion Magazine

© Paul-Henri Cahier

© Paul-Henri Cahier